Voyager, une nécessité absolue ?

Publié le 29 janvier 2023 à 12:44

Voyager : une nécessité absolue ? 

Par Adèle Tremblay

   « Voyage, voyage plus loin que la nuit et le jour ». Certes oui, Desireless, mais est-ce véritablement bénéfique de faire du voyage un impératif ultime ? Faut-il voyager pour être heureux ? Au fil des siècles, notre culture française, bien de chez nous, a un peu exagéré l’importance du voyage dans notre quête de (re)connaissance. Les anciens jeunes partaient faire le « Grand Tour » à partir des années 1760. L’objectif était simple : parcourir les plus grandes capitales européennes pendant plusieurs mois dans le but de s’ouvrir au monde, d’apprendre les langues, de découvrir de nouvelles cultures. Aujourd’hui, nous avons l’Erasmus : c’est un peu la même chose. Deux pays complices s’échangent des étudiants (comme des cartes pokémon) pendant quelques mois. Les arguments pour inciter nos jeunes à suivre ce cursus sont un peu les mêmes : ouverture au monde, connaissance, sociabilité. Aujourd’hui, le voyage est même valorisé sur le C.V. : être bilingue est un sacré plus pour l’insertion dans le monde du travail. N’est-ce pas ?

   Discerner le rêve de la réalité : c’est ça, ce qu’il faut prendre en compte avant de faire ses valises ! Des images colorées, des mythes édulcorés s’entrechoquent sur nos réseaux, dispersant avec eux un nuage de paillettes susceptible de nous vendre du rêve, ou de nous défoncer les yeux. Vous connaissez le syndrome de Paris ? Nos amis japonais sont nombreux à avoir fait les frais de leur fascination pour la culture occidentale. Notre capitale n'est pas le lieu du romantisme, de la beauté, de la french culture comme ils le pensaient, mais une ville somme toute comme les autres, avec quelques problèmes de santé publique et de Français râleurs en prime. Voilà, c’est là que je voulais en venir : que reste-t-il de la nouveauté, quand le modèle occidental s’est étendu dans presque (presque !) tous les pays du monde, quand l’anglais semble être devenu la nouvelle langue universelle ? La seule solution est peut-être l’immersion : se mêler à la population locale, voilà le nouvel eldorado du voyageur. L’adage veut qu’il n’est pas de voyage sans le grand saut dans cette mer de culture étrangère qu’est le monde. N’élisez que le local dans vos itinéraires : choisissez le peuple, les mets, les endroits étrangers. L’errance devient l’essence même de l’itinérance : parcourir sans but est le but même du voyage. Oui, mais l’expérience peut très vite tourner au cauchemar : arnaques, agressions, je ne compte plus le nombre de voyageurs téméraires ayant choisi de s’aventurer vers les zones les plus instables, voire dangereuses. Dirions-nous véritablement que le risque fait partie de l’aventure ? 

   Non, je ne pense pas qu’il faille voyager pour connaître, pour s’ouvrir au monde. La tentation est forte, une fois arrivé dans un pays étranger, de se recroqueviller dans sa zone de confort, de trouver un groupe de sa nationalité, de pester contre les populations locales. S’il y a voyage, c’est vers l’inconnu, c’est vers le changement. Découvrir un genre littéraire qu’on ne connaît pas, essayer un plat qu’on n’a jamais goûté, oser aller vers un groupe de personnes qu’on n’a jamais rencontré, voilà l’essence même du déplacement, de la découverte ; en un mot, de la connaissance. 

   Cessez de nous mettre la pression, de nous enfoncer dans le crâne la nécessité de voyager. Tout le monde n’est pas fait pour être propulsé dans un univers étranger, loin de ses repères, de ses proches, de son monde. À chacun sa définition du voyage, et sa vision du bonheur, de la norme. Faites de votre vie un parcours personnel, tracez votre propre itinéraire. Et surtout, prenez soin de vous : le monde est vaste, notre vie l’est aussi, mine de rien.

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