Paysages doubles

Publié le 24 janvier 2023 à 19:30

Paysages doubles 

Par Lison Bourget

   Sur nos terres, que le temps ne cesse d’embellir, j’y retourne pleine d’allégresse et de promesse. Sans  cesse, je les compare à leur paysage antonyme - frère germain qu’elles perdirent de vue tandis qu’il ne  s’arrêtait jamais de les chercher - et j’y vois des signes, des croyances et des espoirs qui fleurissent  comme les éternels printemps de nos vies. Lorsque je les foule de mes pieds, elles viennent à moi dans  leur manteau d’or, bercées par les saisons de l’homme, pour m’embrasser, guillerettes de me  retrouver empreinte d’une marque qu’elles ne reconnaissent pas. Je porte à présent sur ma tête et  dans mon sein les odeurs et les bruits d’un Ailleurs que nos terres ne sauraient déchiffrer : elles  s’empressent de m’asseoir à leurs côtés et de leur conter ce que mes yeux et mes oreilles ont vu et  entendu. Aussi longtemps que le jour se poursuit, j’essouffle mon énergie à partager les différences et  les ressemblances que j’ai retrouvées là-bas avec ici. Elles s’exclament et crépitent comme le feu  autour duquel les histoires se racontaient autrefois. 

   Leurs gloussements mélodieux sonnent à mon oreille comme un doux bruissement, une caresse  tendre, un gargouillement d’une source secrète. Elles sont joliment parées de bijoux, de coiffes et  d’habits qu’on ne leur voit rien qui n’aille pas. Elles sont discrètes et douces, joueuses et naïves. Elles  s’abandonnent à leur amie Nature pour qui elles se languissent et se chamaillent. Leur chaleureuse  étreinte me rappelle combien j’aime entendre le silence de nos campagnes. Mes pensées divaguent,  s’écartent du feu où le murmure de nos terres se faufile, et s’en vont dans les entrailles de ma  mémoire. Elle y trouve les sens que mon corps a décuplé lors de l’invasion de fragrances inconnues,  de couleurs aveuglantes et de désordre sonore.  

   Quand je me rappelle le vacarme incessant des avenues et des boulevards, je veux le silence sans  prétention de la campagne. Quand je me rappelle les formes et les lumières vives qui se succèdent  sans arrêt sur les trottoirs et les rues, je veux voir la robe verdoyante des prés et le manteau floral des  champs. Quand je me rappelle les odeurs changeantes et chargées des places et des cafés, je veux  retrouver le parfum subtil, chatouilleux et mielleux de la terre humide ou sèche, de l’arbre en feuilles  ou des fleurs réveillées. Je veux retourner là où j’ai laissé mes racines pour me ressourcer et admirer  une dernière fois un paysage paisible qui m’a vu grandir et m’a vu l’aimer, le chérir et lui parler.

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