Océan mer [1993]

Publié le 23 janvier 2023 à 19:00

Océan mer [1993]

Alessandro Baricco 

Traduit de l’italien par Françoise Brun (1998)

Par Lison Bourget

   L’itinérance à laquelle nous assistons nous submerge en tout point et nous encercle sans que nous puissions lutter. Emportés par les tourbillons de l’histoire, nous sommes projetés dans un monde à part, où la mer est partout, dans tous les discours, toutes les peurs, toutes les croyances … Dans tout homme. Elle hante et fascine, laissant chacun de nous à la dérive de notre propre aspiration.

   Ce roman est un lieu qui unit des mondes que nous n’aurions jamais cru pouvoir lier. Chacun des personnages est habité d’un passé et d’un désir que la mer éveille et excite. Avec une poésie triomphale et remarquable, l’histoire la plus banale devient un océan, une mer qui gronde les pensées, les paroles et les actions de chacun d’entre eux. Le lien, c’est la mer. Terrible maîtresse sans fin et sans visage, présente et absente à la fois, tourmentant à sa manière les cœurs. D’une beauté magistrale !

   La mer – ou l’océan… qui sait quelle figure elle adopte devant nous –, s’offre mystérieuse à l’énigmatique pension Almayer, « posée sur la corniche ultime du monde ». Un terrible hasard, orchestré ou non par la mer, fait se croiser sept personnages étranges et naufragés de la vie, qu’ils espèrent reprendre en main. Pourtant, le chant de la mer les hante et souffle l’écho d’un vieux naufrage sanglant et horrifique, qui les attire progressivement dans une spirale incontrôlable.

   Un suspense saisissant provoquant en nous une appréhension face à l’immense créature capricieuse qu’est la mer. Une poésie dévastatrice qui sait pointer l’indicible et le mystère du monde. Un texte philosophique qui a su dresser le portrait de l’homme et de la mer dans tout ce qu’il y a de plus vrai et de plus sublime.

   Si vous désirez écouter, par la lecture, la mer, plongez-vous dans Océan mer qui saura vous transporter là où vous n’auriez jamais pensé vous rendre.

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Extrait  

« En fait, non. Celui qui en serait vraiment capable, il aurait besoin juste de quelques mots… Peut-être qu’il commencerait avec beaucoup de pages, mais ensuite, petit à petit, il trouverait les mots justes, ceux qui, en une seule fois, disent tous les autres, et de mille pages il arriverait à cent, puis à dix, puis il les laisserait là, en attente, jusqu’à ce que les mots en trop s’en aillent des pages, et alors il suffirait de ramasser ceux qui restent, et de les resserrer en quelques mots, dix, cinq, si peu qu’à force de les regarder de près, et de les écouter, pour finir il ne t’en reste plus qu’un seul dans la main, un seul. Et si tu le dis, tu dis la mer. »

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